Une histoire de carrés, de rectangles, de points et de losanges, de toutes les couleurs
DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS
Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du parcours. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.
Pour ce parcours, voici le lien:
https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-b-a-ferrette-par-le-chemin-de-compostelle-81881428
| Ce n’est évidemment pas le cas pour tous les pèlerins d’être à l’aise avec la lecture des GPS et des cheminements sur un portable, et il y a encore de nombreux endroits sans connexion Internet. De ce fait, vous pouvez trouver sur Amazon un livre qui traite de ce parcours.
Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page. |
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C’est sur un éperon rocheux, dressé comme une proue de pierre au-dessus des forêts alsaciennes, que Frédéric Ier de Ferrette, issu de la puissante lignée des comtes de Montbéliard, décida d’élever sa forteresse au XIIe siècle. Du haut de ce nid d’aigle, le Comté de Ferrette allait tisser peu à peu sa toile d’influence sur la Haute-Alsace médiévale, jusqu’à devenir l’une de ses seigneuries les plus redoutées et respectées. Mariages calculés, conquêtes stratégiques, fidélités vassales… le territoire se mit à croître comme un arbre aux racines profondes et aux branches hardies. Mais la grandeur attire toujours l’envie. Au XIIIe siècle, le regard du puissant Évêque de Bâle, voisin ambitieux, se posa avec insistance sur cette entité montante. Le comté, pris dans les remous des rivalités féodales, finit même par tomber aux mains des autorités bâloises. Les siècles suivants virent le blason du comté changer de mains au rythme des alliances et des ambitions des grandes puissances européennes. Au XIVe et XVe siècles, ce furent d’abord les Habsbourg d’Autriche qui s’en emparèrent, avant que le domaine ne glisse sous l’autorité turbulente des Bourguignons de Charles le Téméraire. Ces dominations successives laissèrent leur empreinte sur le château : agrandi, fortifié, remodelé pour incarner la majesté des nouveaux maîtres. Gouverneurs après gouverneurs y furent nommés, rouage local d’un pouvoir lointain, dépositaire d’un ordre venu d’ailleurs. Le comté vivait désormais au rythme des chancelleries et des cours princières, plus qu’à celui de ses terres.
Mais l’Histoire, jamais avare en fureurs, déchaîna sa tempête sur ces murs lors de la Guerre de Trente Ans. Le XVIIe siècle fit pleuvoir sur le château les coups de boutoir de la destruction : les armées suédoises s’y ruèrent, puis vinrent les Français, semant pillages et ruines dans leur sillage. Quand enfin le traité de Westphalie mit un terme à l’hémorragie, l’Autriche, saignée, céda des pans entiers de son empire. La Haute-Alsace, jusque-là province d’Empire, passa alors dans l’orbite du royaume de France. Louis XIV, dans un geste typique de sa politique d’intégration territoriale, offrit la région à son fidèle cardinal Mazarin : Ferrette, Belfort, Delle, Thann… toute une constellation de seigneuries comme tombées dans son escarcelle. Le temps suivit son cours, effaçant les anciens affrontements sous les couronnes de mariages princiers. Les descendants du cardinal héritèrent du domaine, jusqu’à ce qu’en 1777, un mariage le fasse passer aux mains de la dynastie monégasque. Aujourd’hui encore, les princes de Monaco conservent le titre, un peu symbolique, de comtes de Ferrette. Il leur arrive même, de loin en loin, de venir saluer la population, accueillis avec une ferveur joyeuse et curieuse. Pourtant, malgré ce souffle princier, le château, lui, ne renaît pas de ses cendres. Abandonné aux siècles, livré à la pierre et au silence, il fut démantelé par les paysans lors de la Révolution française, qui virent en ses murs un gisement plus utile qu’un vestige. De forteresse il devint carrière. Classé monument historique en 1930, il n’est plus aujourd’hui qu’un squelette veillé par le vent, qu’un fantôme d’histoire doucement entretenu.
Et pourtant, ce n’est pas cette grandeur déchue qui rend cette étape difficile. Ce n’est ni la rudesse du terrain, ni la fatigue du voyage. Non, l’épreuve du jour réside dans un tout autre défi : celui de l’orientation. Ici, le marcheur est confronté à un entrelacs de chemins comme autant de fils emmêlés dans une tapisserie de confusion. Carrés, rectangles, losanges, points… toute une géométrie colorée s’éparpille dans le paysage, guidant parfois, égarant souvent. Le trop-plein de balisages nuit à la clarté, et le pèlerin de Compostelle, presque intrus en ces terres, devra faire preuve d’une attention soutenue pour ne pas se laisser dévorer par le labyrinthe. Courage ! La carte dans une main, la patience dans l’autre, vous finirez bien par retrouver le fil du chemin. Et qui sait ? Peut-être qu’au détour d’un de ces chemins capricieux, l’âme du vieux comté vous soufflera encore quelques secrets oubliés.
Comment les pèlerins planifient-ils leur parcours ? Certains s’imaginent qu’il suffit de suivre le fléchage. Mais vous constaterez à vos dépens que le fléchage est souvent déficient. D’autres utilisent les guides à disposition sur Internet, eux aussi souvent trop élémentaires. D’autres préfèrent le GPS, à condition d’avoir importé sur le téléphone les cartes de Compostelle de la région. En utilisant cette manière d’opérer, si vous êtes un expert de l’utilisation du GPS, vous ne vous perdrez pas, même si parfois le parcours proposé n’est pas exactement le même que celui proposé par les coquilles. Mais, vous arriverez sauf à la fin de l’étape. En la matière, le site qu’on dira officiel est le parcours européen des Chemins de Compostelle (https://camino-europe.eu/). Dans l’étape du jour, la carte est correcte, mais ce n’est pas toujours le cas. Avec un GPS, il est encore plus sûr d’utiliser les cartes Wikilocs que nous mettons à disposition, qui décrivent le parcours actuel fléché. Mais tous les pèlerins ne sont pas des experts de ce type de marche, qui pour eux, défigurent l’esprit du chemin. Alors, vous pouvez vous contenter de nous suivre et de nous lire. Chaque embranchement difficile à déchiffrer du parcours, a été signalé, pour vous éviter de vous perdre.
Difficulté du parcours : Le trajet n’est pas sans difficulté, quoique les dénivelés (+ 557 mètres/-315 mètres) restent encore assez raisonnables pour une si longue étape. Pendant de nombreux kilomètres, avant l’arrivée en France, ce sont d’assez calmes ondulations. Puis, le parcours va suivre deux longues bosses, celle de St Brice, et surtout la bosse avant d’arriver à Ferrette.

État du parcours : Aujourd’hui, c’est une étape que les pèlerins apprécient. Il y a plus de terre battue que de goudron :
- Goudron : 11.2 km
- Chemins : 15.8 km
Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur sur ces parcours. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.
Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.
Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.
Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Un petit tour à Bâle avant de prendre le chemin
Que l’on soit suisse et que l’on prenne son départ ici, ou que l’on vienne des terres germaniques ou plus à l’Est, il faut d’abord, nécessairement, apprivoiser Bâle. Ce n’est pas tant une simple traversée de ville qu’un rite de passage. Bâle, fière de ses 180 000 âmes, trône comme la troisième cité helvétique, juste après Zurich et Genève. Elle s’étend avec gravité et douceur, découpée en une vingtaine de quartiers, mais c’est au cœur de deux d’entre eux que bat l’âme urbaine : le Gross Basel, le Grand Bâle, solide sur la rive gauche du Rhin, et le Klein Basel, le Petit Bâle, qui lui fait face de l’autre côté du fleuve. Le centre-ville, étonnamment, respire sans voitures. Les larges artères sont habitées par de longs tramways, qui glissent en silence jusqu’au soir. Ici, les passages pour piétons ne sont que suggérés, à peine tracés, car les piétons s’infiltrent souplement entre les bus arrêtés ou les trams en lente décélération. Une ville qui s’écoute et se traverse plus qu’elle ne s’impose. Commençons alors notre flânerie dans le Grossbasel, au creux vibrant de la Marktplatz, la Place du Marché.
| Dominée avec éclat par l’hôtel de ville, vaste bâtisse rouge carmin sertie de fresques et de tourelles, la place est le théâtre quotidien de la vie bâloise. Ce bâtiment, siège du gouvernement cantonal, semble veiller sur la foule et les étals. Du lundi au samedi, les couleurs et les parfums s’y disputent l’espace. Ici, les jours se lèvent en arômes. Remontez maintenant en direction du Rhin. Vous débouchez sur le Mittlere Brücke, le Pont du Milieu, l’un des plus anciens et emblématiques de la ville. | |
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| Ce pont est bien plus qu’un simple lien entre deux rives : il est le trait d’union historique entre le Bâle d’hier et celui d’aujourd’hui. Les jours de soleil, les berges alentour se transforment en immenses banquettes naturelles, où les citadins viennent s’allonger, lire, bavarder ou simplement s’imprégner de lumière. Au-delà du pont, s’étend le Kleinbasel, longtemps perçu comme un Bâle de seconde zone. Moins monumental, certes, mais aujourd’hui auréolé d’une popularité grandissante. Bordé de bars, de places animées, et de terrasses où l’on trinque au bord de l’eau, il est devenu un quartier vivant et festif. Mais ce matin, ce n’est pas là que vous irez. | |
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| Si vous choisissez, à gauche du pont, de vous orienter vers le cloître, il faudra grimper, doucement mais sûrement, dans les ruelles pavées, car il n’existe aucun passage direct le long du fleuve à cet endroit. Les ruelles, étroites et escarpées, serpentent entre les façades anciennes. Elles semblent raconter, à chaque pas, des siècles de vie silencieuse, de marches lentes et de confidences murmurées aux pierres. La montée vous conduit dans l’une des rues les plus charmantes du quartier : l’Augustinergasse, dallée de pavés usés, aux courbes harmonieuses. | |
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Elle semble suspendue dans le temps, à l’écart de l’agitation commerçante. Ici, point de vitrines criardes ni d’enseignes tapageuses. C’est une voie d’accès vers la cathédrale, presque une marche intérieure. Enfin, au sommet de cette montée paisible, vous atteignez une zone où le silence devient complice. Ici, dans ce repli tranquille de la ville, les commerces s’effacent, laissant place à une sorte de respiration architecturale. Les murs semblent vous accueillir, sans bruit, comme dans un cloître sans toit. Vous entrez dans une autre temporalité, celle de la contemplation, où chaque détail compte, où chaque pierre semble chargée de mémoire.
| Dans la partie patricienne de la ville, un charme discret mais profond s’impose. Ici, les demeures semblent vouloir chuchoter leur propre histoire à ceux qui savent lire les murs. Elles affichent une singularité remarquable : une étiquette, gravée ou peinte, portant un nom et une date, non celle d’une restauration récente, mais bien l’année de leur naissance. À en croire ces inscriptions, certaines de ces maisons auraient vu le jour au XIVe siècle. | |
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Au terme de l’Augustinergasse, la ruelle s’élargit en une vaste place respirant l’histoire : la Münsterplatz, dominée par la silhouette majestueuse de la cathédrale. Le Basler Münster, ou cathédrale Notre-Dame de Bâle, impose sa prestance dans un éclat de grès rose, couleur douce et chaude à la fois, qui semble capter la lumière comme la mémoire. Une première église romane fut bâtie ici au XIIe siècle. De cette époque subsistent quelques vestiges, dont la nef, austère et émouvante. Puis vinrent les ajouts gothiques, subtils d’abord, plus affirmés ensuite. En 1356, un tremblement de terre anéantit une grande partie de l’édifice. On reconstruisit alors, avec ferveur et ambition, une église en gothique flamboyant, comme pour répondre au cataclysme par un élan vers le ciel. La Réforme, en 1529, transforma la cathédrale en temple protestant. Depuis, elle a connu peu de transformations. Ce jour-là, les portes étaient closes : un concert de musique classique occupait les lieux, préservant son mystère pour une autre visite.
| Dans le cloître attenant, délaissé depuis des siècles par les fonctions monastiques, règne aujourd’hui une atmosphère d’une douceur étonnante. Le silence y est dense sans être pesant, les pas se font feutrés, et le regard se laisse porter par les arches et les ombres. Tout ici invite à la lenteur, à la contemplation, à un dialogue silencieux avec le passé. | |
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Laissez derrière vous ce havre de paix pour regagner le cœur vibrant de la ville.
| Pour cela, la rue descend de la Münsterplatz par la rue de Münsterberg. Cette rue en pente douce vous ramène progressivement vers l’animation. Elle débouche sur la Freie Strasse, large artère commerçante, où les grandes enseignes contemporaines s’insèrent avec retenue dans un tissu urbain ancien. | |
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| En empruntant ensuite la Streitgasse, vous parvenez à la Barfüsserplatz, la “Place des Pieds-nus”, ainsi nommée en hommage aux anciens franciscains. Impossible de la manquer : elle bourdonne de vie à toute heure. C’est sans doute ici que Bâle pulse le plus fort. Les tramways s’enchaînent sans relâche, comme un métronome infatigable. Les arrêts sont brefs, les passagers nombreux, les flux constants. À croire que la moitié de la ville se concentre là, entre les vitrines, les arrêts de tram, les bribes de conversation et les effluves de cuisine. | |
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| Tout près de là, notamment dans la Gerberstrasse, s’égrènent boutiques et restaurants, dans une joyeuse profusion. On y trouve de tout, pour tous les goûts, toutes les langues. Bâle s’affirme ici comme la ville la plus cosmopolite de Suisse, peut-être même davantage que Genève. Chaque jour, près de cent mille frontaliers venus de France ou d’Allemagne convergent ici pour travailler, notamment dans les laboratoires et les sièges des géants pharmaceutiques suisses que sont Roche et Novartis. | |
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| Juste en dessous de la Leonhardkirche, sur cette colline que gravit la Variante de Bâle vers la France, itinéraire que vous allons bientôt suivre, s’accrochent à la pente une multitude de ruelles étroites et sinueuses. | |
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| Dans ce quartier aussi, les maisons sont marquées, datées, nommées, souvent en lettres gothiques qui semblent elles-mêmes taillées dans le temps. Les volets, peints en rouge profond ou en vert bouteille, ajoutent à cette impression de tableau. Ici, tout semble vouloir affirmer une identité, une singularité. Le passé n’y est pas figé, il palpite encore dans les détails. C’est ici que s’achève cette flânerie au cœur du vieux Bâle. | |
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Si l’envie vous prend de poursuivre vers la gare, libre à vous d’y revenir lors d’un autre détour. Quant à vous, votre regard se tourne désormais vers l’ouest, car c’est par là que mène votre première étape.
Section 1 : La longue traversée de l’ouest de Bâle

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.
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Vous partirez donc aujourd’hui du centre de la ville, à Barfüsserplatz. À l’angle de la place, près de Gerberstrasse, une ruelle étroite, la Lohnhofgässlein, s’ouvre discrètement, presque timidement. Elle s’élève ensuite par des escaliers raides vers l’esplanade surplombant le centre historique, où se dresse la Leonhardskirche. C’est là que se trouve le temple francophone de la ville, un édifice d’inspiration gothique datant du XVIe siècle. À Bâle, le bilinguisme est revendiqué, mais ici, dans les rues ou sur les bancs publics, le français reste discret, comme un murmure en sourdine. |
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Non loin de l’Académie de musique, l’itinéraire vous fait traverser les voies de tramway, ces longs serpents mécaniques qui sillonnent la ville, pour s’engager dans la Leonhardsstrasse. On s’y faufile comme dans un couloir, ponctué de carrefours successifs, chacun marquant une respiration dans la progression. |
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À l’extrémité de Leonhardsstrasse, une courbe vers la gauche vous conduit sur Leimenstrasse. Là, au détour de la rue, se dresse la synagogue de Bâle, majestueuse dans sa retenue. Ce bâtiment de la fin du XIXe siècle affirme, par sa présence, la diversité religieuse de la ville et sa richesse culturelle. |
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Leimenstrasse découpe la trame urbaine, croise quelques artères et vient buter sur l’enceinte intérieure de la ville, le Steinenring. Une forme de frontière, souple mais marquée, entre le cœur ancien et les anneaux modernes. |
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| Plus loin, c’est l’Arnold Böcklin-Strasse, qui serpente en douceur et vous conduit devant la Pauluskirche. Ce temple protestant, de style néoclassique, fut construit au début du XXe siècle. Il trône là avec une sérénité imposante. Haut lieu de musique sacrée, il accueille souvent des concerts où l’architecture semble répondre aux notes avec ferveur. | |
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| La Arnold Böcklin-Strasse s’achève à la Bundesplatz, la Place de l’État, comme un seuil avant un autre monde. De là, la bretelle de Bâle s’aligne sur la Neubadstrasse, axe longiligne, presque obstiné, que l’on va suivre longuement. | |
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| Sur la Neubadstrasse, les tramways et les bus partagent leur trajectoire avec un naturel étonnant. À main droite, le regard est happé par la Schützenmatte, un terrain de sport. | |
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| Près de l’église catholique récente, l’Allerheiligen Kirche, l’Église de Tous les Saints, la bretelle franchit le Laupenring. Le paysage change à Neuweilerplatz, car ici, la ville reprend souffle. La vie sociale refait surface : boutiques, terrasses de cafés, va-et-vient tranquille. Après tant de rues presque désertées, l’endroit vibre à nouveau de présence humaine. | |
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| C’est à Neuweilerplatz que vous quittez pour de bon le centre-ville. Encore une centaine de mètres à parcourir sur la Neubadstrasse, et vous voici à l’entrée de la Dornbach-Promenade. C’est un changement de ton. Ici, le tumulte s’efface. La promenade s’enfonce dans un monde plus doux, plus végétal. Le ruisseau du Dornbach serpente à peine, comme s’il voulait glisser sans se faire remarquer. Sous les grands arbres, des passerelles élégantes relient les rives et les maisons patriciennes se donnent des airs de campagne. | |
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Vous parvenez alors à Am Weiher, un nom qui fleure la paix. Ici se croisent les indications de la Via Jura Regio 41, qui mène elle aussi à Ferrette. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si les balisages suisses sont d’une finesse presque poétique, une fois la frontière franchie, ils s’évanouissent. Seuls subsisteront, en France, les repères du balisage local, ces losanges jaunes qui guident les randonneurs sur les chemins. À cet endroit, une pancarte annonce sobrement la distance : Ferrette est à plus de six heures de marche. L’aventure se dessine.
| La promenade s’étire encore un peu, le long du ruisseau du Dornbach, puis contourne le petit lac paisible de Weiher. Le chemin, lui, reste fidèle, linéaire mais jamais monotone. | |
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| Vous longez alors un stand de tir, posé là comme un clin d’œil anachronique. | |
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| Plus loin, le chemin croise la route des jardiniers du dimanche. C’est un autre monde qui s’ouvre : celui des potagers bien alignés, des cabanes bariolées, des arrosoirs et des espoirs en terre. | |
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| La promenade joue alors avec le ruisseau, passant d’une rive à l’autre, comme si elle voulait en tester les humeurs. Dans ce grand espace, où les murs se couvrent de tags colorés, les familles s’installent, les cris et les rires montent comme un chant. C’est un théâtre à ciel ouvert, un lieu de vie qui respire fort les week-ends et les jours de congé. | |
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Section 2 : En passant par la frontière

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.
| Puis, un large chemin de terre s’éloigne doucement du ruisseau et prend de l’altitude, s’engageant dans le sous-bois. Ici, la lumière filtre à travers la canopée des hêtres, nobles et immenses, qui dominent les lieux. Quelques chênes aux troncs massifs veillent en silence, et les épicéas, plus austères, serrent leurs silhouettes sombres dans les creux de la forêt. | |
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| Mais c’est bien le hêtre, ce géant au feuillage clair et au tronc lisse comme de la pierre tendre, qui règne ici en maître. Dans les forêts de basse altitude en Suisse, il impose sa présence tranquille et rassurante. | |
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Vous progressez sous ces hautes voûtes naturelles, dans la forêt d’Unterlangholz, au rythme de nos pas sur le sol moelleux. Le silence est à peine troublé par quelques chants d’oiseaux.
| Bientôt, une place de pique-nique surgit à une clairière. Elle semble surgir tout droit d’un manuel d’urbanisme suisse : barbecue de pierre, bancs de bois massifs, bûches empilées avec soin. Ici, toutefois, pas de hache ni d’allumettes à disposition, ce qui n’aurait pas été étonnant en Suisse allemande, où l’on trouve parfois jusqu’à un peu de petit bois bien sec, prêt à l’usage. | |
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| Le chemin continue sa route et atteint Oberwilerstrasse, une départementale qui traverse la forêt, presque timidement, sans briser l’harmonie du lieu. Un regard sur les panneaux indique toujours les fameux losanges jaunes. Ce sont ceux de la Via Jura, sobres et sûrs. En Suisse, les chemins principaux sont toujours balisés par ces grands losanges jaunes, guides fidèles du randonneur. | |
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| De là, une large avenue forestière reprend la direction de la campagne. Le sol, parfaitement tassé, est si régulier qu’on en oublie qu’il est fait de terre battue. Aucun gravillon ne vient accrocher la semelle. Cela n’existe probablement qu’ici. On comprend pourquoi les promeneurs, les joggeurs, les marcheurs nordiques et les propriétaires de chiens en laisse l’arpentent chaque jour avec tant de constance. C’est une respiration. | |
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| Au lieu-dit Breiti Hurst, la route tangente une clairière, baignée de lumière, avant de replonger dans la fraîcheur boisée. | |
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| Dans cette forêt aérée, limpide, les troncs sont espacés comme dans un tableau. L’espace respire. Ici, chacun trouve sa place : les familles avec les poussettes, les randonneurs solitaires, les amis venus déjeuner sur l’herbe. La nature semble accueillante, presque apprivoisée, sans rien perdre de sa beauté. | |
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Et puis, au lieu-dit Chuestelli, un tournant symbolique s’annonce. C’est là, pour la dernière fois, que l’on croise un panneau de randonnée suisse. Ces petits totems jaunes, aussi lumineux qu’un champ de chanterelles à la fin de l’été, vont s’éclipser. On entre dans un autre monde. Bientôt, les balises seront françaises : carrés, triangles, losanges de toutes les couleurs, avec cette logique changeante propre aux chemins d’Alsace ou de Franche-Comté. Le contraste se sentira.
Neuwiller, premier village français sur la route, n’est plus qu’à une demi-heure de marche. Une frontière va être franchie, non pas seulement géographique, mais aussi culturelle.
| Ici, vous êtes tout près de la frontière. Le chemin longe une grande clairière paisible, où les hautes herbes ondulent doucement sous le vent. À l’orée de la forêt, le lieu-dit Ziegelhof est mentionné sur les cartes, mais rien n’indique que vous êtes déjà en territoire presque frontalier. | |
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| Encore un dernier petit tronçon de forêt. Le sol devient un peu plus meuble, les feuillages s’éclaircissent. Et voilà la frontière. Aucun panneau, pas de barrière, encore moins de douanier. Le passage se fait en douceur, presque à l’insu de celui qui marche. | |
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| De l’autre côté, une petite route cimentée, bien droite, se met à descendre tranquillement entre les champs. La campagne alsacienne s’offre à vous, doucement vallonnée, bordée de haies et de bois clairs. | |
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| Dans cette région, les croix en pierre sont nombreuses. Témoins d’une foi ancienne et enracinée, elles jalonnent les chemins et les carrefours. Peu après, la route arrive aux premières maisons de Neuwiller, village français calme et coquet. | |
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| La route traverse le village d’un pas tranquille. Une autre croix s’élève au détour d’un jardin, et même, plus surprenant, un jardin chinois, à l’agencement soigné, s’offre au regard curieux. | |
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| La route passe près de l’église, puis descend doucement dans le cœur du village. Ici, on bascule dans la signalétique française. Les balises sont de petits losanges jaunes, souvent discrets, parfois absents. Il faut avoir l’œil, ou mieux, un guide de voyage. Sinon, l’on pourrait vite tourner en rond. | |
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| Un peu plus loin, après la Rue des Vergers, surgit un panneau directionnel qui frôle le surréalisme. Il affiche plus de directions qu’il n’y a de passants dans la rue. Flèches, pictogrammes, codes de couleurs variés… on dirait que l’univers entier converge à cet endroit. Entre les losanges jaunes qui partent dans deux directions opposées, les triangles rouges et les points verts, le marcheur hésite. Il faut avoir confiance en la Via Jura Regio 41, en la petite coquille de Compostelle parfois apposée sur un poteau, et savoir qu’Hagenthal-le-Bas est la prochaine étape. Sinon, on pourrait rester figé là, comme devant une énigme sans solution. | |
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| En traversant le ruisseau de Neuwillerbach, une nouvelle règle s’impose. Fini les losanges jaunes, place aux triangles rouges. Et les points verts ? Ils sont là, muets, sans légende, comme une langue étrangère dont on ne vous aurait pas donné le dictionnaire. Il faut se débrouiller, faire confiance à son instinct ou à la mémoire des chemins. Car trop d’informations, sans explication, peut devenir plus déroutant que l’absence de tout repère. | |
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Section 3 : D’un village à l’autre

Aperçu général des difficultés du parcours : quelques pentes sans grande difficulté.
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Le parcours quitte Neuwiller par la Rue des Tilleuls. Elle grimpe doucement, sans réelle difficulté, sur une petite route de campagne bordée de prés et de champs. Le balisage se poursuit : triangles rouges, points verts. Mais à force de surveiller les marques, on en oublie de lever les yeux pour admirer le paysage. C’est un peu dommage, non ? |
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Lors de notre passage ici, les arbres fruitiers étaient en fleurs. Une douce campagne printanière, discrète mais vibrante- |
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| La montée s’étire, régulière mais longue, jusqu’à croiser la départementale D16, bien plus fréquentée. | |
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De là, la vue s’ouvre sur le village de Hagenthal-le-Bas, en contrebas. Mais le jeu des balises continue. À ce carrefour, on a ajouté un rond rouge et un cercle orange. Pourquoi pas. Mais pour qui ? Mystère. Les cercles jaunes sont souvent destinés aux circuits équestres. Le point vert ? Il restera probablement sans explication, à moins qu’un érudit local ne vous en donne le secret. Quant au point rouge, allez savoir… Peut-être une variante pour les indécis ? |
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La route descend à présent à travers les grands champs ouverts. Le ciel semble plus vaste ici. Le regard porte loin, au-delà des sillons labourés. |
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La pente devient parfois plus prononcée. À l’approche du village, un tronçon de chemin de terre remplace soudain le ciment, sans réelle raison apparente. Puis, la route goudronnée reprend ses droits, comme si de rien n’était. |
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Au bas de la descente, cachée derrière une haie de frênes et quelques bouleaux noirs, la route entre doucement dans les faubourgs de Hagenthal-le-Bas. Le village est calme, les maisons bien rangées, les volets souvent fermés à cette heure tranquille de la journée. |
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Il faudra vous y faire, mais vous n’arriverez pas à vous faire une conviction. Ici, finis les triangles rouges. À leur place, surgissent maintenant des rectangles bleus, arrivant d’un autre chemin, venu du nord. Heureusement que les signes de la Via Jura 41 et les coquilles de Saint-Jacques sont encore là pour vous aiguiller. Car sur les panneaux, plus loin, les noms de villages traversés aujourd’hui brillent par leur absence. Nous n’avons rien contre nos amis randonneurs d’Alsace. Mais enfin, le chemin de Compostelle, il compte un peu, non ? Il semble bien discret ici. L’étranger, s’il n’est pas muni d’un guide ou d’un GPS, risque fort de tourner en rond. À l’inverse, les locaux, eux, connaissent ces chemins par cœur. Ils n’ont nul besoin de direction, ni de balisage, pour aller là où ils doivent. |
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La route continue tranquillement à travers Hagenthal-le-Bas. Elle passe devant l’école, puis devant l’église du village, sobre et bien entretenue. |
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Ici encore, de nombreuses croix en pierre ponctuent le parcours, témoins d’une tradition encore bien vivante. |
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Remontez un peu la route. Et dans ce véritable galimatias de directions, choisissez celle qui mène à Hagenthal-le-Haut. Quelque part, entre deux poteaux, les rectangles bleus réapparaissent. Vous ne saurez jamais exactement où commence l’un des deux Hagenthals, ni où finit l’autre. Mais qu’importe. |
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La route passe devant la mairie, un imposant bâtiment aux airs de petite préfecture, qui contraste avec les habitations plus modestes alentour. Puis elle poursuit son chemin à travers le reste du village. |
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Enfin, la traversée des deux Hagenthals s’achève. La route s’éloigne. Dans les champs alentours, les vaches lèvent à peine la tête, étonnées de voir passer ces pèlerins aux grands sacs et aux chaussures poussiéreuses. |
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Section 4 : Une grande forêt à traverser

Aperçu général des difficultés du parcours : des pentes plus sérieuses dans la forêt.
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À partir d’ici, c’est la forêt, presque sans interruption, jusqu’à Ferrette. On vous a bien dit de suivre les rectangles bleus. Alors vous scrutez les arbres, les poteaux, les rochers… mais au début, rien. À la sortie du village, une petite route qui devient rapidement un chemin de terre s’engage vers la forêt. |
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Là, au milieu de cette ample forêt, les hêtres règnent encore en maîtres. Ils dressent leurs troncs lisses et gris vers le ciel, formant une voûte élégante. |
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Et puis, quelques centaines de mètres plus loin, enfin une bonne nouvelle : un rectangle bleu, net, visible, collé sur un grand hêtre. Un soupir de soulagement. Vous êtes sur la bonne voie. Ouf ! Pour les points verts, s’ils sont peut-être pour les cyclistes, on n’en a pas encore vu un seul aujourd’hui. |
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Personne ne vous a prévenu qu’il allait falloir abandonner les rectangles bleus qui filent vers Leymen. Est-ce qu’on passe par Leymen ? Rien n’est moins sûr. Le parcours, comme souvent, se dédouble. Et aucun panneau ne vous dit que vous devez désormais suivre les losanges jaunes. Alors que faire ? Il n’y a qu’une solution sur la bretelle de Bâle : avoir sérieusement préparé son voyage, avec des cartes précises, ou un guide fiable. Le petit livre intitulé Le Chemin de Compostelle en Alsace, Franche-Comté et Bourgogne, s’il est parfois succinct, reste le seul à vraiment décrire ce parcours. Il explique bien, pour ceux qui savent relire après coup : » À la sortie du village, suivre les rectangles bleus. Monter sur le goudron à travers champs, puis en forêt par un chemin empierré. Puis, à un carrefour de chemins en haut de la colline, suivre à nouveau les losanges jaunes ». Heureusement que les Suisses, toujours méthodiques, ont laissé encore une indication de la Via Jura 41 pour vous rassurer. Mais ici, ce n’est pas une mince affaire. Dans cette forêt vaste et profonde, si vous partez dans la mauvaise direction, vous risquez de vous égarer longtemps. Il n’y a plus qu’un réflexe à avoir : chercher les losanges jaunes. |
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Heureusement, la forêt est splendide, aérée, vivante. On y croise les traces des tracteurs forestiers. Le bois est exploité, oui, mais sans brutalité. Les chemins restent propres, larges, agréables. |
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Vous marchez, attentif aux moindres marques. Ici un losange jaune sur un chêne. Là, un autre, peint à même l’écorce d’un hêtre. Vous vous rassurez à chaque balisage, comme un clignement complice du chemin. |
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Puis, un peu plus loin, vous vous souvenez de ce que dit le guide : « « Au moment où le balisage invite à quitter le large chemin pour un sentier en face (passages raides et boueux), rester sur le chemin de droite et progresser sans balisage pour retrouver après une courte montée le balisage habituel ». Facile à dire quand on connaît déjà le terrain. Mais ici, devant vous, plusieurs chemins s’entrecroisent, s’élancent en diagonale, descendent, montent… Le balisage propose de bifurquer, mais vous hésitez. Le guide suggère de ne pas le suivre. Ce genre de conseil n’est vraiment utile qu’une fois qu’on a déjà fait le trajet. Ne prenez jamais de raccourcis sans balisage, vous dit votre bon sens. Mais ce sentier se resserre, commence à grimper. Allons-y. Nous verrons bien où il mène. |
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Les pentes dans la forêt de Wessenberg sont sérieuses, souvent comprises entre 15 et 25 %, sur plus d’un kilomètre. La montée est soutenue, mais on y trouve son compte : la forêt est superbe, majestueuse, avec ses hêtres élancés et ses chênes robustes, de toutes les tailles, poussant sur un épais tapis de feuilles mortes de la saison passée. Par moments, surgissent de petites bornes de pierre, couvertes de mousse, vestiges d’anciennes délimitations dont on ignore aujourd’hui la fonction. |
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Plus on grimpe, plus la pente devient raide, plus les hêtres se font modestes, parfois réduits à de jeunes pousses droites comme des piquets, serrées les unes contre les autres, comme pour se protéger du vent d’altitude. |
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Et puis, soudain, un losange jaune refait surface, marqué sur un chêne trapu. Soulagement. On croise un vététiste qui dévale la pente à toute allure et on lui demande confirmation : oui, c’est bien le bon chemin. Ce petit losange jaune, anodin pour beaucoup, est une bénédiction pour le marcheur. Car faire marche arrière, lorsqu’on s’est trompé après plusieurs kilomètres, c’est le genre de chose qui vous plombe le moral plus sûrement qu’une averse glacée. |
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La descente s’amorce ensuite, douce au début, dans une forêt toujours aussi splendide. À mesure qu’on perd de l’altitude, le bois devient plus aéré, les arbres plus grands, et la lumière filtre entre les feuillages, dorant les troncs d’une lumière chaude et diffuse. |
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Le chemin forestier serpente ensuite au bas de la colline, presque à plat. Par endroits, une vieille borne étrange se dresse sur le bas-côté, comme oubliée là par un arpenteur du siècle dernier. |
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Puis vient une section boueuse, bien connue des marcheurs, où les passages répétés des tracteurs ont creusé de profondes ornières. Ici, il est souvent plus sage de suivre les sentes parallèles créées par les sangliers ou les randonneurs précédents, qui ont tracé des alternatives plus sèches à travers les fourrés. |
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Au bout de cette zone délicate, dont on devine aisément la difficulté après une bonne pluie, un panneau salvateur apparaît enfin : St Brice est indiqué. On respire. Si l’on a pris la peine de préparer son itinéraire, on sait que c’est la bonne direction. Mieux encore : ici, tout s’aligne. Losanges jaunes, coquilles de St Jacques, balisage suisse Via Jura 41, tout concorde. On avance sans hésitation.
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La forêt change alors de nom, même si elle garde la même beauté sauvage. On quitte Wessenberg pour entrer dans le Britskiwald. Le chemin poursuit son tracé presque à plat encore un moment, puis s’oriente résolument vers la descente. |
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C’est une pente marquée, atteignant parfois 15 %, vers la petite route départementale D9b. Il faut bien poser les pieds, surtout par sol humide. |
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Vous longez brièvement cette route, sur quelques mètres seulement, avant de retrouver un chemin qui mène vers la chapelle de St Brice. Toujours les fidèles losanges jaunes pour vous guider, ou les symboles suisses de la Via Jura 41, rassurants compagnons de route depuis Bâle. |
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Section 5 : Une chapelle sur le chemin et encore de belles forêts à traverser

Aperçu général des difficultés du parcours : de la descente sans grande difficulté.
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Le chemin traverse la route, remonte légèrement dans les ornières creusées par les engins forestiers. Il faut parfois poser les pieds avec précaution, surtout si la pluie a rendu le terrain glissant. |
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Un peu plus haut, le chemin se fait plus calme, plus sage. Il s’adoucit et avance dans un silence forestier presque parfait, jusqu’à rejoindre une belle clairière. C’est là que se niche la chapelle de St Brice, dans un cadre paisible et ombragé. À deux pas de la frontière suisse, l’endroit respire la sérénité. À la fontaine, l’eau fraîche coule encore, invitant à une pause bien méritée. |
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Le site de St Brice est véritablement charmant. Mentionnée pour la première fois en 1361, la chapelle repose sur un site ancien. Des fouilles archéologiques ont révélé ici un site néolithique, preuve que les hommes passent par cet endroit depuis la nuit des temps. Jadis, St rice fut un lieu de pèlerinage renommé, avec son ermitage attenant. Plus récemment, une ferme-auberge de style alsacien avait pris le relais, attirant les visiteurs du dimanche. Elle est désormais fermée, en cours de reconstruction, comme la chapelle elle-même qui avait déjà été partiellement reconstruite à la fin du XVIIe siècle. |
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À partir de là, un large chemin forestier descend tranquillement en direction d’Oltingue. Tous les balisages sont ici en accord : losanges, coquilles et Via Jura 41. Le marcheur peut avancer sans se poser de questions. |
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Le chemin devient ensuite une large piste de terre battue, parfois parsemée de cailloux. Il serpente sous les feuillus dans une ambiance bucolique. |
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À la sortie du bois, attention : vous débouchez sur une clairière qui pourrait prêter à confusion. Ici, le balisage change. Les losanges jaunes partent vers Rodersdorf, tandis que ce sont désormais les losanges rouges qu’il vous faut suivre pour rejoindre Ferrette. Une coquille de Compostelle est bien là, mais elle ne pointe pas dans la bonne direction. Rappelons-le : sur le vrai chemin, le sommet de la coquille devrait indique le cap à suivre. Ici, elle n’est qu’un rappel symbolique de l’itinéraire jacquaire. Gardez-le en tête : à partir d’ici, c’est le losange rouge qu’il faut suivre. Avec les kilomètres on apprend. On dira même qu’on est devenu expert de ce balisage étrange. |
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Commence alors une descente régulière, sur une petite route goudronnée qui serpente entre les champs en direction d’Oltingue. C’est une marche tranquille, presque méditative, rythmée par la respiration du marcheur et le bruit de ses pas. |
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Plus on approche de la plaine, plus la pente diminue. Parfois, un losange rouge apparaît sur un vieux noyer, vous confirmant que vous êtes toujours dans la bonne direction. Autour, les champs cultivés s’étendent à perte de vue. |
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Bientôt, la route atteint la plaine. Elle longe un petit ruisseau, le Limendenbach, que les cavaliers du coin empruntent volontiers, à l’ombre d’un sous-bois paisible. |
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Un peu plus loin, la route traverse le Pfaffenbach, un autre petit ruisseau tout aussi discret, et remonte ensuite doucement vers Oltingue. |
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Toujours guidé par les fidèles losanges rouges, vous entrez enfin dans la périphérie du village d’Oltingue, par une route calme bordée de jardins et de potagers. |
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Section 6 : Encore de la forêt au programme

Aperçu général des difficultés du parcours : une montée dans les bois avec des pentes prononcées.
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La route pénètre doucement dans le village d’Oltingue, où les maisons se serrent autour de la rue principale. Ici, bon nombre d’habitants sont des frontaliers qui travaillent à Bâle, tout en gardant l’âme de leur village. |
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La route traverse ce village coquet, très alsacien, avec ses maisons à colombages soigneusement entretenues, souvent peintes dans des tons pastel ou vifs, typiques de la région. Elle passe devant l’église du village, au clocher discret. Certains pèlerins feront le détour par la chapelle S Martin-des-Champs, située à environ un kilomètre du parcours. Ce lieu, souvent oublié, offre une belle pause dans un environnement champêtre. Pour les autres, à la sortie du village, le chemin franchit l’Ill. L’Ill, c’est la grande rivière d’Alsace, qui traverse la région du sud au nord avant de se jeter dans le Rhin. Mais ici, à Oltingue, elle est encore toute jeune, à peine sortie de ses sources. |
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En suivant toujours les losanges rouges, la route quitte le village et longe un campement de gitans, installé au bord de la route. On salue parfois de loin, sans trop de mots, dans un respect mutuel des voyageurs de passage. |
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Puis, un large chemin de terre, presque trop lisse pour être vrai, s’enfonce doucement dans un verger. Des pommiers, des cerisiers, parfois même des mirabelliers bordent le chemin. |
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La route, toujours de terre mais désormais plus caillouteuse, ne tarde pas à entrer dans la forêt. |
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Voici la forêt dite Hinter dem Berg. Elle s’impose tout de suite par la verticalité de ses arbres. De majestueux sapins blancs, reconnaissables à leur écorce grise et fendillée, dominent le paysage. Quelques douglas aussi, faussement appelés sapins, mais bien là, hauts et droits, presque arrogants. Les chênes et les hêtres luttent pour la lumière, tandis qu’en sous-bois, les charmes, les noisetiers ou les jeunes épicéas peinent à se faire une place. Le chemin, lui, garde ses repères. Les losanges rouges, toujours fidèles, rassurent le marcheur. |
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Dans cette forêt magnifique et aérée, les pentes restent douces, ne dépassant jamais les 10 %. De longues lignes droites s’étirent sur deux kilomètres, comme tracées au cordeau entre les troncs. Il faut garder le rythme, marcher droit devant sans se laisser endormir par la monotonie. Plus loin, soyez vigilant ! Un sentier marqué d’un triangle jaune vous invite à bifurquer. C’est le sentier de la découverte, sans doute intéressant, mais ce n’est pas le vôtre. Le Chemin de Compostelle continue tout droit, imperturbable. Ici, c’est long, interminable, mais le paysage est charmant et le bois aéré. |
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Section 7 : Encore de nombreuses ondulations dans la forêt

Aperçu général des difficultés du parcours : surtout une descente marquée vers Ferrette.
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Et le chemin, jamais monotone, poursuit sa marche en avant sous les grands arbres. On croirait presque que la forêt vous pousse doucement dans le dos, tant tout semble vous inviter à continuer. . |
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Soudain, sur un hêtre géant, un panneau de direction. Tiens donc ! Voilà que le losange rouge se transforme en un losange orange, tandis qu’un jaune pointe dans une autre direction. Est-ce l’effet du temps, une décoloration progressive ? Ou bien un autre itinéraire qui s’en mêle ? Peut-être même une erreur ? On ne le saura pas. Mais heureusement, la coquille de Saint-Jacques, même si elle regarde toujours dans le mauvais sens, et le précis balisage suisse de la Via Jura 41, sont là pour rappeler la direction à suivre : celle du Gros Chêne de Sondersdorf, puis de Ferrette, plus loin. Cela suffit à rassurer le pèlerin.
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La pente se fait un peu plus raide. Le chemin monte calmement jusqu’à une bifurcation, celle qui mène vers le fameux chêne. On se détourne sans hésiter, le lieu mérite bien quelques pas supplémentaires. |
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Le « Gros Chêne de Sondersdorf » repose dans une petite clairière, en dehors du monde et du temps. Certains disent qu’il a 400 ans, d’autres, 500. Il a vu passer les siècles, encaissé la foudre, les tempêtes, les sécheresses. Jadis, il culminait à plus de 25 mètres. Il ne lui en reste qu’une douzaine aujourd’hui, mais quelle prestance ! Noueux, tortueux, il a échappé aux bûcherons. Pas assez droit pour une charpente, trop massif pour un mât. C’est peut-être ce qui l’a sauvé. Il est resté là, tranquille, entouré de respect. |
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Depuis le vieux chêne, un large chemin de terre reprend sous les hêtres. On marche presque en silence, comme pour ne pas troubler la majesté du lieu. Mais attention ici ! Le carrefour suivant est trompeur. Il ne faut pas se laisser distraire par les formes ou les couleurs : un triangle bleu s’invite dans le paysage, vous promettant une échappée vers Sommersdorf. Mais ce n’est pas le bon chemin. Le vôtre, celui du pèlerin, continue tout droit. Et voilà que le losange est redevenu rouge, fidèle à lui-même. La coquille de Compostelle, elle aussi, garde sa direction. Et la Via Jura suisse vous accompagne toujours. Pas de doute, c’est par là qu’il faut aller. |
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Le chemin, assez caillouteux, monte en pente douce à travers les feuillus. L’ombre des arbres accompagne la progression. Plus haut, un nouveau panneau indique encore une direction vers Sommersdorf, et une autre vers des étangs qu’on imagine paisibles, mais bien loin du tracé. Cette forêt est truffée de chemins annexes, de sentiers d’exploration, de lieux à visiter, autant d’occasions de se perdre, si l’on ne reste pas concentré. |
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Pourtant, l’ambiance ici est agréable. La forêt s’ouvre par moments sur de longues lignes droites, comme des couloirs naturels. À un croisement, on découvre une piste cyclable, partagée avec d’autres balisages : ici aussi, des losanges jaunes. |
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| Et un peu plus loin, les rectangles rouges prennent le relais. De quoi perdre tout repère si l’on ne garde pas en tête sa ligne directrice. Heureusement, c’est tout droit et Ferrette approche, et la pente s’adoucit lentement. | |
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Le chemin débouche sur l’orée de la forêt, dans une clairière apaisée. Autour, des ruchers bourdonnent doucement. On se dit qu’on va enfin en sortir. |
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Mais encore un petit détour proposé, pour les curieux : un chemin mène à la Cabane de Don Bosco. Ce sera pour demain. Pour l’heure, Ferrette, c’est tout droit.
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Le large chemin descend à nouveau dans le bois, traversant une petite aire de pique-nique, comme un dernier arrêt avant le village. |
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En contrebas, le chemin devient plus rude. Le chemin perd de sa régularité et un sentier longe les premières maisons éparses qui annoncent le village. On sent la transition entre nature et civilisation. |
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Le sentier étroit, pentu et un peu glissant, descend rapidement. Et soudain, le voilà, le haut de Ferrette. |
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Le parcours suit désormais la route, qui vous conduit doucement jusqu’à l’entrée du bourg. |
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Ferrette apparaît, blotti sur ses pentes, dominé par les ruines de son château. Le village, aux maisons serrées, monte vers la colline, dans une atmosphère paisible et ancienne. |
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Ferrette (700 habitants) a une longue histoire. Dès le début du XIIe siècle, on mentionne un château appartenant aux comtes de Montbéliard. Ce sont eux qui fondent ici le comté de Ferrette, qui deviendra l’une des grandes seigneuries d’Alsace au Moyen Âge. La région est disputée : Suisses, Autrichiens, Bourguignons s’y succèdent, chacun laissant une trace. Au XVe siècle, les Autrichiens rénovent le château. C’est à cette époque que le village de Ferrette se structure au pied de la forteresse. Plus tard, les banquiers, devenus seigneurs, ajouteront des remparts. Puis la Guerre de Trente Ans éclate. Le château subit les assauts successifs des Suédois et des Français. En 1648, au terme du conflit, les terres sont attribuées au roi de France. Le château n’est pas reconstruit. Il devient ruine. Et le restera. Fait insolite : au XVIIIe siècle, par un jeu d’alliances matrimoniales, la cité passe sous la houlette des princes de Monaco. Et aujourd’hui encore, le prince Albert II porte officiellement le titre de comte de Ferrette. Depuis 2011, les ruines du château sont la propriété d’un particulier.
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Ferrette est un village magnifique, mais redoutablement pentu. Peut-être le plus pentu de tout le Chemin de Compostelle. Pour rejoindre le bas du village, là où se concentrent les commerces, il faut descendre par la Rue du Château, en affrontant parfois des pentes flirtant avec les 20 %. |
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En chemin, on croise de belles demeures, certaines transformées en chambres d’hôtes. L’hôtel de ville, austère et élégant, trône au centre. Et puis on arrive sur la place commerçante, animée et accueillante. Autrefois, Ferrette était connectée à la Suisse par une ligne de chemin de fer. Le train s’est arrêté à la frontière, comme c’est souvent le cas dans les régions périphériques. |
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Un peu plus loin, l’église St Bernard-de-Menthon veille sur le village. Elle date du XIe siècle, bien que largement modifiée et restaurée au fil des siècles. Aujourd’hui, elle est inscrite aux Monuments Historiques, témoin immobile d’une histoire millénaire.
Logements officiels sur le parcours de la Suisse et l’Allemagne à Cluny /Le Puy-en-Velay
- Restaurant Starck, 6 Rue d’Oberwill, Neuwiler; 03 89 68 51 58 ; Chambre d’hôtes
- Hôtel Jenny, 84 Rue Hegenheim, Hagenthal-le-Bas; 04 89 68 50 09 ; Hôtel
- Le Feiseneck, 42 Rue du Château, Ferette; 03 89 08 21 28 ; Chambre d’hôtes
- Maison des 5 Temps, 5 Rue du St Bernard, Ferette; 03 89 40 38 31/06 31 90 93 20 ; Chambre d’hôtes
- Hôtel Collin, 4 Rue du Château, Ferette; 03 89 40 40 72 ; Hôtel
Accueils jacquaires (voir introduction)
- aucun
Airbnb
- Oltingue (2)
- Hagenthal (3)
- Vieux Ferette (2)
Chaque année, le chemin évolue. Certains hébergements disparaissent, d’autres apparaissent. Il est donc impossible d’en dresser une liste définitive. Celle-ci ne comprend que les logements situés sur l’itinéraire ou à moins d’un kilomètre. Pour des informations plus détaillées, le guide Chemins de Compostelle en Rhône-Alpes, publié par l’Association des Amis de Compostelle, reste la référence. On y trouve aussi les adresses utiles des bars, restaurants et boulangeries qui jalonnent le parcours. Dans cette étape, il ne devrait pas y avoir de grands problèmes pour se loger. Il faut le dire : la région n’est pas touristique. Elle offre d’autres richesses, mais pas l’abondance des infrastructures. Aujourd’hui, airbnb est devenu une nouvelle référence touristique, que nous ne pouvons ignorer. C’est devenu la source la plus importante de logements dans toutes les régions, même les régions touristiques peu favorisées. Comme vous le savez, les adresses ne sont pas disponibles directement. Il est toujours vivement conseillé de réserver à l’avance. Un lit trouvé au dernier moment est parfois un coup de chance ; mieux vaut ne pas s’y fier tous les jours. Renseignez-vous, lors de vos réservations des possibilités de repas ou de petit déjeuner.
N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
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Etape suivante : Etape 2: De Ferrette à Delle |
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