04: Culoz à Yenne

Entre Rhône et beaux vignobles de Savoie

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/culoz-auvergne-rhone-alpes-france-34059011

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Les pèlerins empruntent le Chemin de Compostelle tout au long de l’année, certains même en hiver. Chaque saison a son charme particulier. Aussi, suivons maintenant quelques étapes en automne, lorsque le brouillard matinal parfois enveloppe la plaine, que la luminosité est automnale ou que les chemins sont jonchés de feuilles ou de coques de châtaignes.

L’étape du jour débute par une longue promenade le long du Rhône, parfois dans la lande pour gagner Chanaz, charmant village, dit aussi la Petite Venise savoyarde, car c’est d’ici que s’en va le très beau canal de Savières vers le lac du Bourget. Ce sera alors une longue transition sous le flanc de la montagne pour rejoindre le cœur du beau vignoble de Savoie, où poussent des cépages inconnus pour beaucoup d’amateurs de vins, dont l’altesse, le marchestel ou la mondeuse, mais qui ne manquent pas d’originalité et de saveur. L’automne est aussi une saison extraordinaire pour passer dans les vignes, quand les teintes virent sur l’or. Vous aurez toujours devant vous à l’horizon les mâchoires de la Dent du Chat, dominant le lac du Bourget de l’autre côté de la montagne. Voici une étrange histoire. Jadis, un pêcheur vivait de sa pêche sur les bords du Lac du Bourget. Un jour, aucun poisson ne vint mordre à sa ligne. Le malheureux implora le ciel et jura de remettre à l’eau le premier poisson pêché en guise de remerciement. Le miracle eut lieu. Mais le poisson était si gros que le pêcheur oublia sa promesse, et ne remit pas le poisson à l’eau. Il en fit de même pour le deuxième poisson. Au troisième poisson, ce fut un chat noir qu’il trouva au bout de sa ligne.

Vous ne verrez pas, hélas, le lac du Bourget, de l’autre côté de la montagne, et vous finirez l’étape à Yenne, le long du Rhône, dans un cul-de-sac, sous la Dent du Chat.

 

Difficulté du parcours: Les dénivelés (+433 mètres/-441 mètres) sont fort raisonnables. C’est plat jusqu’à Chanaz et la montée vers les vignes n’est pas pénible, si ce n’est un talus abrupt, mais court, à la sortie de Chanaz. Les pentes sont assez prononcées dans le vignoble, autant en descente qu’en montée, mais ne dépassent guère les 15% d’inclinaison, sauf lors de la rude montée sur Jongieux-le-Haut. En fait, le passage le plus pénible de l’étape est la descente vertigineuse et casse-pattes depuis la colline de St Romain sur la plaine du Rhône en fin d’étape.

Dans cette étape, les passages sur chemins sont un peu plus nombreux que ceux sur route, mais pas de beaucoup :

  • Goudron: 10.7 km
  • Chemins: 14.0 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur ces parcours. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Section 1: Sur la piste cyclable, près du Rhône.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Que vous ayez passé la nuit à Culoz ou non, il faut repartir du Pont de la Loi sur le Rhône.
Le chemin longe un peu la berge du Rhône, mais ne va plus vers les Iles de Vion, comme jadis. Mais pourquoi donc s’évertue-t-on ici à toujours nous faire éviter de passer au bord du Rhône? A moins que ce soit devenu fort dangereux, qui sait? Mais, c’est aussi que depuis ces dernières années on a construit une piste cyclable ici et qu’il est bon d’en faire profiter aussi les marcheurs. Le chemin part alors un peu dans la lande et le gravier.
Puis, il revient vers la D921 au niveau du carrefour de la Loi.
On a donc le privilège de passer sur la piste cyclable, où, aux petites heures du matin, les cyclistes ne se pressent pas.
Rapidement, la piste cyclable et le marcheur s’en vont de l’autre côté de la départementale, au milieu des maïs, dans le soleil rasant.
La petite route défile entre les feuillus et les maïs. On imagine que les maïs sont heureux ici à deux pas du fleuve.
La route goudronnée arrive un peu plus loin au hameau du Mollard, avec ses maisons de pierre.

Section 2: Dans la lande, sur les berges du Rhône.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Depuis le Mollard, la route part à plat dans les feuillus.
Après avoir transité sous les falaises, la route arrive au site de L’Étang Bleu.
L’Étang Bleu est une réserve privée de pêche. L’eau venait ici par infiltration du Rhône et l’eau était bleue. Aujourd’hui, l’étang a perdu sa couleur par manque de renouvellement d’eau.

C’est ici que la ligne de chemin de fer Lyon-Genève traverse le Rhône.

C’est aussi ici que le GR65 s’engage enfin sur la berge du Rhône, sur un chemin assez rocailleux, dans une sorte de steppe grandiose pendant près de 3 kilomètres.

Si vous passez ici au printemps, vous verrez gambader les moutons de toutes parts. Mais, les crottins, aussi. Un petit canal borde aussi le chemin de l’autre côté du Rhône.

C’est un moment de grâce et de plénitude dans cet univers incroyable, hors du monde.

A l’approche de Chanaz, des panneaux de direction indiquent aux canoéistes ou autres bateaux de plaisance de bifurquer s’ils entendent gagner le lac du Bourget.
Ce matin, la brume joue avec la lande et le Rhône coule paisible, presque absent.
Pourtant, il arrive presque toujours le moment où la magie disparaît et qu’il faut retourner à la vie ordinaire. La grille signe la fin du rêve éveillé.
Le GR65 quitte alors la steppe pour se diriger vers un petit bras du Rhône où se cachent l’écluse et le port du Canal de Savières, qui relie le Rhône au Lac du Bourget. Le canal, long de quatre kilomètres, a une double fonction. Il sert de déversoir naturel aux eaux du Lac du Bourget vers le Rhône et inversement lorsque le Rhône est en crue. Le barrage a pour effet de supprimer les étiages du lac, en maintenant un niveau optimum et en rendant le canal navigable toute l’année. L’écluse permet aux bateaux de plaisance de passer du Lac du Bourget au Rhône. On enregistre ici plus de 2’500 passages par an, surtout en été. Quand on passe par ici, on a le sentiment d’être très au sud, dans le Midi. Depuis le XIXème, des travaux importants en ont facilité la navigation fluviale. Dans les années 80, on y a installé un barrage et une écluse à l’extrémité du canal.
Dans le port, entre Rhône et canal, les bateaux de plaisance ou de croisière sont nombreux ici. Le Canal de Savières permet ainsi de rejoindre le Lac du Bourget et Aix-les-Bains. En plus des plaisanciers, de petits bateaux de croisière font la navette sur un circuit très fréquenté par les touristes, surtout en été. Ici, les eaux sont calmes et tranquilles, rarement perturbées par le passage des bateaux. Le canal a été depuis le néolithique une voie de communication naturelle de transport. Yenne possédait autrefois un péage par terre et par eau, un péage du sel, et un poste de douane.
Le GR65 remonte et franchit le canal sur une belle passerelle. La passerelle qui enjambe le canal, date de 1989. On pourrait se croire ici dans un parc d’attraction ou dans un jardin japonais.

Des terrasses rangées, où on sert les spécialités locales “les pieds dans l’eau”, le long du canal attirent le touriste, mais le GR65 préfère vous entraîner dans le village.
Chanaz est un village pittoresque, plein de charme, avec ses ruelles en pente, ses enluminures et ses enseignes, ses belles et anciennes maisons remontant parfois au XVI-XVIIème siècle.

Si vous passez ici et que la Maison de Boigne est ouverte, faites une visite dans cette grande maison carrée, construite en pierre, avec ses fenêtres si particulières et ses tuiles défraichies. Ici, le four à pain, qui fonctionne encore, était autrefois utilisé par toutes les familles du bourg.

Section 3: En route pour les vignobles de Savoie.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: des successions de montagnes russes, avec des pentes assez raisonnables, ne dépassant pas 15%, sauf au départ où c’est encore plus pentu. Mais, certains diront que 15% de pente, ce n’est pas négligeable. Avec raison.

En quittant Chanaz, une petite route monte très sèchement vers le moulin.
Il y avait ici trois moulins depuis le XIXème siècle. Il n’en reste qu’un, ressuscité après plus de 50 ans. Il fonctionne encore avec sa roue à auges qui fait tourner la meule en pierre avec son engrenage en bois. Peut-être y trouverez-vous la porte ouverte, si vous êtes dans les heures d’ouverture. On y produit aujourd’hui de la farine et de l’huile de noix.
Depuis le moulin, un petit chemin monte sec, à plus de 20% de pente, dans le sous-bois.
Par bonheur, sur une telle pente, la montée sévère n’est pas longue, et le chemin gagne sur une centaine de mètres une petite route, puis repart sur une pente plus raisonnable dans le sous-bois.
Plus haut, le GR65 rejoint la route au hameau de Praille.
Puis, la route continue à monter vers le village de Poisat. Il y a déjà quelques vignes par ici.

En vous retournant, vous avez tout loisir d’admirer le Grand Colombier, au-dessus de Culoz. Cette montagne fait souvent le délice des cyclistes du Tour de France, mais aussi des cyclotouristes amateurs.

Depuis Le Poisat, la route goudronnée monte sur les contreforts du Mont Landard.
Plus haut, la terre battue remplace le goudron et le chemin passe parfois en sous-bois. Les vaches ici sont souvent de la race Taurine, des vaches toutes brunes, une des races à la base du reblochon avec l’Abondance et la Montbéliarde, bien qu’ici nous ne soyons plus dans la zone de production AOP du Reblochon.
La route croise alors la chapelle d’Orgeval, un petit oratoire dédié à la Vierge Marie pour se protéger contre la peste, érigé en 1845 et rénové en 2005.
Après la chapelle, la route de terre un peu caillouteuse va monter longtemps sur les pentes du Mont Landard. Nous sommes sans doute sur une moraine formée par les glaciers du Rhône à L’Ère Quaternaire. Le chemin est large, agréable, en pente douce. Ici, vous ne rencontrerez sans doute personne. Le paysage est assez dépouillé, avec la présence de quelques feuillus qui traînent sur la pente.
Un peu plus haut, la pente s’adoucit au milieu des prés où gambade le bétail. On aperçoit les premières vignes de Savoie.
Le chemin redescend même un peu, pour atteindre le lieudit La Rodière.

Section 4: Dans les premiers vignobles de Savoie.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: de la descente avant tout, le plus souvent raisonnable.

Alors, un chemin très pierreux remonte un peu plus fortement dans le sous-bois jusqu’à rejoindre une route goudronnée peu avant Vétrier.
Au sommet de la montée, la route arrive à Vétrier.
Vétrier, c’est quelques maisons au bord de la route sur un promontoire qui domine la vallée du Rhône.
Un Christ protecteur lorgne du côté des vignes. D’ici, il nous faut encore plus de 3 heures pour gagner Yenne.

D’ici, le coup d’œil sur la vallée du Rhône et l’Île aux Oiseaux est imprenable. Il est vrai aussi que l’automne souvent embellit les paysages. Il est vrai aussi que cela vous permet de vérifier que vous êtes monté bien au-dessus de la vallée du Rhône.

Sous le village, le GR65 descend un peu dans l’herbe, puis un court instant sur la route, en se dirigeant vers le vignoble.

Le vignoble de Savoie est plus étendu qu’on croit. Il court en fait tout le long de la vallée du Rhône et ses contreforts depuis Frangy. Dans cette région de Savoie, le chemin croise deux régions, une regroupée autour de Lucey, l’autre celle de Marestel et de Jongieux. Les vignes remontent ici au XVIème siècle, mais il fallut attendre les années 1990 pour que les vignerons entreprennent ici le réaménagement des coteaux, pour faciliter le travail et l’accès à la vigne. Ces régions ont actuellement des appellations contrôlées Crus de Savoie.

Le premier grand vignoble que l’on rencontre est celui de Montagnin.
De Vétrier à Vraisin, tous ces hameaux font partie de la commune de Lucey, en dessous dans la plaine. On ne se lassera jamais de ces paysages quand les vignes flamboient. Bien évidemment, c’est en automne et par beau temps que le charme opère le mieux, quand chaque cépage donne à ses feuilles une teinte différente et chaude dans la lumière rasante du soleil.

Le chemin caillouteux descend dans les vignes. A l’horizon, on voit se dresser la Dent du Chat.

Si vous regardez attentivement les ceps après la vendange, vous verrez que les grappes séchées restent attachées aux ceps. C’est qu’ici on doit faire grand usage des machines à vendanger. Ce type de machine effectue en une seule opération l’ensemble des opérations. Elle enjambe le rang de vigne avec ses bras cueilleurs et secoueurs, et font tomber les grains vers des godets. Un aspirateur souffle la récolte pour évacuer les feuilles et branches tombées lors du secouage. Attention! Tous les cépages AOP ne permettent pas ce genre d’approche. Pour certains, la grappe doit être amenée intacte au pressoir. D’autre part, il faut des vignobles aménagés pour permettre l’accès des machines.

Au bas du vignoble, le GR65 passe à Montagnin.
C’est un petit village de solides maisons de pierre que doivent se partager les vignerons et les paysans, peut-être souvent le mêmes dans ces petits pays, où les surfaces ne sont pas gigantesques.
Une petite route sort du village et conduit au hameau de Cremon, à deux pas. Rapidement, le GR65 repart dans les bois.
Il traverse un petit ruisseau et descend dans les prés vers un sous-bois.
Le sous-bois est assez fantasmagorique, avec la mousse et les lichens qui croissent sur les arbustes décharnés. Il faut beaucoup d’humidité pour faire naître ce type de chef d’œuvre mitonné par la nature dans son exubérance.
A la sortie du bosquet, le GR65 retrouve la route, descend un peu pour trouver deux étangs au bord de la route. Nous sommes dans le hameau relativement neuf de Les Puthod/Les Greffiers.
La route descend assez raide à travers le village assez étendu.
La route alors descend vers Vraisin. Chemin faisant, une direction est donnée pour Lucey, ses vignes et son château. Vous pouvez tout aussi prendre cet axe, éviter Vraisin, et retrouver le GR65 plus bas.
Si vous restez sur la route, vous allez retrouver les vignes à l’entrée du village de Vraisin. En automne, les feuilles se parent d’or ou d’orange. C’est qu’à cette époque la photosynthèse s’est arrêtée et que la chlorophylle s’est évanouie. Alors les anthocyanes, qui sont des pigments, s’expriment donnant des nuances d’or pour les cépages blancs, et souvent de rouge orangé pour les cépages rouges.
La route en cul-de-sac traverse le village. Vraisin est une sorte de plateau promontoire avec une vue étendue sur la plaine du Rhône.
Un chemin descend en dessous du village.
Plus bas, dans les broussailles, vous retrouvez le chemin indiqué plus haut qui va à Lucey.
Mais, le GR65 ne va pas à Lucey. Il repart dans le vignoble au-dessous de Vraisin.
Le chemin descend alors dans le vignoble de Marestel-Jongieux, dont on voit d’ici l’entier du domaine. Au loin, pointe l’église de Jongieux. Le vignoble est implanté sur des sols argilo-calcaires et sur les éboulis calcaires. Ici, pour les cépages blancs, on cultive l’altesse, la jacquère, le plus répandu des cépages locaux, mais aussi du chardonnay ou du velteliner. Parmi les cépages rouges, la mondeuse est le premier choix, mais on trouve aussi du gamay ou du pinot noir. A voir la couleur des feuilles, il semble que le vignoble soit assez composite, mais la lecture des feuilles n’est pas une science exacte, car les anthocyanes ne sont en fait qu’une seule molécule, qui est bleue ou rouge en fonction de l’acidité du milieu.

Section 5: Des vignobles à la chapelle St Romain.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: sur le parcours, il y a la montée à Jongieux-le-Haut dans les vignes, où la pente frôle et dépasse 15%.

Plus bas, au bas de la descente dans les vignes, la route pend le relais du chemin.
La route passe alors à Barcotian, devant le domaine du Château de La Mar, producteur, entre autres, de Marestel.
Le Marestel devrait son nom à Claude Mareste qui aurait importé au XIVème siècle de Chypre, le cépage Altesse. Il l’aurait offert à Anne de Lusignan, fille du Roi de Chypre, devenue duchesse de Savoie. Mais une autre version prétend que c’est du Furmint, le vin du Tokaj hongrois, autrefois réservé aux grands dignitaires d’Autriche-Hongrie, d’où son nom d’“altesse”. Ce vin blanc, qu’on appelle aussi Roussette de Savoie, est présent uniquement en Savoie où il représente 8 % de la production.
Juste à côté, la route passe à Jongieux/Amavigne, le bourg principal de la région, avec la mairie et l’église.
La route traverse le village et monte vers l’église.
Là, un chemin vigneron pend le relais, qui remonte dans les vignes.
Le chemin grimpe sec, disons-le ainsi, vers Jongieux-le-Haut, en croisant la route qui monte en lacets vers le village.

En se retournant, on a une vue étendue du chemin parcouru dans ce magnifique vignoble accroché à la pente, avec encore en arrière-plan la montagne du Grand Colonbier sous laquelle nous sommes partis ce matin.

Pour de nombreux pèlerins, l’arrivée à Jongieux-le-Haut permettra de reprendre le souffle.
La route traverse un village de vignerons. Aimavigne, Jongieux-le- Haut, ces noms ne fleurent-il pas le bonheur? C’est en tout cas ce qui est écrit sur les panneaux des propriétaires qui annoncent fièrement le nom des crus qui poussent ici. Les caves sont parfois ouvertes, mais le pèlerin ne s’arrête guère. A tort, peut-être. Parfois un petit remontant fait du bien, mais encore faut-il trouver la cave ouverte.
La route quitte progressivement le village.
Le GR65 suit alors la route jusqu’au sommet de la colline où il passe au lieudit Le Noyer, où un chemin de terre part vers la Chapelle St Romain, que l’on distingue nettement au sommet d’une autre colline. Mais, vous verrez que la chapelle n’est pas si proche qu’elle en donne l’air.

D’ici, on voit encore bien poindre à l’horizon le Grand Colombier.

Le chemin de terre va onduler alors dans les dernières vignes.
La chapelle se rapproche. Bientôt, le goudron remplace la terre et la pente se fait plus prononcée. A partir d’ici, pour nous, c’en est fini des vignes de Savoie.
La montée à la chapelle sur la terre battue est assez prononcée.

La chapelle St Romain date de 1995, sans fioritures, trônant sur la colline, solitaire. Elle succède à une chapelle primitive qui daterait du VIème siècle.

Ici, un étonnant paysage se dévoile sous vos yeux. On peut admirer les méandres du Rhône dans la plaine de Yenne et au loin la Dent du Chat au-dessus de Yenne, spectacle divin et époustouflant.
La descente vers la plaine du Rhône n’est pas une sinécure. De nombreux pèlerins citent toujours la descente sur Roncevaux par temps de pluie comme le must des difficultés du Chemin de Compostelle. Mais ici aussi, par temps de pluie, ce peut être un grand cauchemar, quasi l’enfer pour les moins aguerris.

Au départ, on avertit le randonneur de certaines précautions à prendre. C’est aussi écrit en allemand pour les pèlerins allemands et suisses qui empruntent la Via Gebennensis, les plus nombreux, il est vrai.

Et pour cause. Si vous vous penchez au bord de la falaise, vous apercevrez Lagneux en dessous. C’est plus de 200 mètres de dénivelé sur 1 kilomètre, avec parfois des pentes à plus de 35%.

Section 6: Une descente vertigineuse, avant de rejoindre les berges du Rhône.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: descente casse-pattes depuis la chapelle St Romain. Ici, les pentes vont jusqu’à 35% dans un mauvais chemin. Puis, les vacances….

Au départ, ce n’est pas si terrible que cela et le chemin dodeline un peu sur la crête avant de plonger dans la vallée. Mais, il s’enfonce progressivement dans les broussailles et les feuillus rabougris.
Le chemin ne se rapproche que très rarement de la falaise. C’est un chemin étroit qui se faufile en zigzags dans les feuillus recouverts de lierre et de mousse. Nous sommes passés une fois ici par temps de pluie, et avons éprouvé les plus grandes difficultés à ne pas dévaler dans la pente. Il fallait se raccrocher aux rejets de hêtres et de petits châtaigniers, le pas glissant à chaque mètre sur les feuilles mouillées.
Dans les pentes les plus difficiles, des rondins de bois, élimés avec l’âge et les intempéries, qui retiennent la terre, préviennent le pied de trop glisser. Cela aide, pour sûr.
Plus bas, vers le bout de la descente, la pente se fait moins rude, sous les falaises, dans la végétation humide et exubérante.

Quelles que soient les conditions de temps, on est heureux pour les genoux et les articulations, surtout si elles appartiennent aux personnes du troisième âge, d’arriver au bas de la descente, au lieudit Cotonnière.

Depuis ce point, le chemin ondule un peu dans le sous-bois avant de retrouver l’air libre et la départementale D921, à la sortie de la forêt.

Le GR65 fait alors quelques centaines de mètres sur la départementale et bifurque à nouveau vers la falaise. A partir d’ici, au niveau des efforts, ce sont les vacances. A plat jusqu’à Yenne.
Une petite route mène à Petit Lagneux et ses quelques maisons de pierre. On a le Massif du Chat loin devant soi.
Mais, ici encore, comme souvent sur le Chemin de Compostelle, c’est un détour pour éviter la départementale, où la circulation n’est pas affolante. Alors, la route ressort du hameau et revient vers la D921.
Le GR65 traverse la D921, puis s’en va dans les maïs vers le Rhône et le sous-bois qui le longe. C’est ici aussi tristounet que sur toutes les plaines où poussent les cultures.
Le chemin parcourt alors la morne plaine où ne poussent que les maïs friands d’eau…
… avant de franchir le ruisseau du Lône, que l’on devine à peine et de retrouver le majestueux Rhône. Ici, on retrouve les arbres des berges du Rhône, les grands chênes, les érables, les alisiers, les frênes, les bouleaux, les hêtres et la charmille.
Le GR65 suit un moment la berge du fleuve. On ne se plaindra pas de pouvoir enfin faire quelques pas le long de ce fleuve souvent interdit aux marcheurs.
Puis, il s’en écarte au lieudit L’Île, car ici deux bras du fleuve cernent une petite île.
Peu après, le chemin retrouve le fleuve. Vous ne verrez pas toujours le Rhône avec un bleu si resplendissant. Par temps de pluie prolongée, le fleuve se pare de gris et de brun, et charrie du bois. Alors, les chemins deviennent passablement embourbés.
Si vous passez ici au printemps, tout au long du Rhône, vous allez trouver des hectares d’ail des ours. Il y en a tant que leur arôme subtil s’insinue presque jusque dans les vêtements.
Lorsque le chemin quitte la berge, à l’entrée de Yenne, il traverse le ruisseau du Lône.
Un camping et un parc agréable jouxtent la rivière, et un tunnel permet de traverser la grande départementale très circulante.
Yenne est une petite cité calme de 3’000 habitants dans un cul de sac au fond de la vallée. Le symbole de la ville est la Dent du Chat, cette grande mâchoire qui domine la ville. Une sortie est à travers un tunnel sous la Dent du Chat vers le Bourget et Chambéry. L’autre est le long du Rhône.
Si vous arrivez ici un lundi, vous trouverez une ville quasi morte. Seules sont ouvertes les deux pharmacies et l’éternel PMU, le dernier bistrot bastion des petites villes françaises qui meurent à petit feu, l’une après l’autre.

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